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 biométrie dans un laboratoire artistique à LYON

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nathalie



Nombre de messages : 1
Date d'inscription : 26/05/2007

MessageSujet: biométrie dans un laboratoire artistique à LYON   Dim 27 Mai à 9:31

Ci-joint un récit de mon premier contact direct avec la biométrie envoyé à des amis de lutte (d'autres luttes mais tout se rejoint) pour leur faire part de ma situation.
Il me semble en lisant des articles de la CNIL que le dispositif est illégal.
En tout cas qu'il n'a pas reçu d'autorisation. Il s'agit d'une numérisation d'empreintes, deux doigts, avec une base centralisée des données dans un ordinateur. Est-ce que techniquement quelqu'un peut me dire si pour les appareils SAGEM vendus par easydentic type easytouch 800 ou 801 l'autorisation de la CNIL est nécessaire ? Si je peux l'exiger pour savoir si le système est conforme. Je reste dans ce lieu pour un mois seulement. Mais je suis hors de moi à l'idée que personne ne s'y soit opposé. Me sens aussi assez isolée et c'est pourquoi je me penche sur les questions de droit pour consolider mon refus et les forcer à trouver une solution momentannée d'accès pour moi et renoncer au système par la suite...
C'est pas gagné.
Merci beaucoup pour toutes infos, aides et réponses.
ET aussi contacts sur Lyon, ou même collectifs existants.

nathalie


PAYSAGE SOUS SURVEILLANCE

Depuis là, Lyon, coincée entre les bras de la Saône et ceux du Rhône.
Monacalement installée dans un lieu où de nombreuses nonnes firent des prières, puis, où des militaires entreposèrent leurs grains pour subsister dans les garnisons... Les Subsistances, donc. Lieu, un temps en friche, habité par des flottants, intermittents, travailleurs pauvres des voix et corps, musiques et sauts périlleux sans filet, qui peut-être à leur façon invoquèrent aussi un dieu, dieu de la Bricole, dieu du faire-défaire, des actes sans sociale utilité, enfin pas directement.
Ici, s'inventèrent des formes d'être d'ensemble, fabriquer deux-trois trucs qui importaient et possible partage. La joie à arpenter la colline en terrasse, sur laquelle s'appuie les édifices, y faire la sieste aux heures chaudes, et regarder au coucher les péniches glisser sur l'eau. Un lieu où habiter. Puis vint le temps de l'émergence, de l'espace culturel, vient le temps de l'école des beaux-arts, vient le temps où les grands espaces vides et urbains, laissés en friche, ne peuvent plus accueillir la plèbe bohémienne, un temps où les normes d'accueil du public imposent des règles strictes, où le centre de la ville est nettoyé, où il est temps de passer aux choses sérieuses. L'histoire ce serait ça. On dira que c'est ça. J'ignore les détails, je sais juste : le couvent, l'armée, le squat et aujourd'hui « Le laboratoire de création artistique : lieu d'expérimentation et de confrontation ». C'est écrit sur la plaquette. Je n'ai pas tout lu, sur le site on peut faire une visite virtuelle à 360°. C'est comme d'y être. Les bâtiments ont été ravalés en orange, façon Italie et perspective, la cour immense est pavée, quelques arbres, des grandes fenêtre, un café. C'est confortable. Une grille repeinte en gris clôt l'espace. Hérissée. Ouverte le jour, fermée la nuit. Quand on rentre tard la grille se déplace dans un grand bruit sourd et se referme derrière vous, pareillement. Séparés. Séparés, encore une fois, de la rue, de ces possibles débordements, ou bien. En vrai, une route, des voitures : rien ne menace. L'eau est calme. On oublie toujours la violence des rives. La colline est intacte juste maîtrisée : un papier A4 collée sur une vitre indique que pour des raisons de sécurité la ville de Lyon interdit tout séjour sur la colline, on ira quand même.
Voilà le décor de la résidence dans une institution culturelle d’aujourd'hui. C'est confortable, on ne va pas se plaindre. Nous sommes une équipe, ici pour un mois. Nous dormons sur place. Des cellules petites ou grandes, un couloir à faire pâlir David Lynch. Bienvenus.
Alors ça commence, ça commence comme ça.
Pour aller chercher la clé de sa chambre et déposer ses bagages, il faut passer par le poste de sécurité qui se trouve à l’entrée. Une société privée assure 24h sur 24 la sécurité. Le site est vaste. Il faut s’enregistrer, c’est-à-dire donner ses empreintes digitales de l’index droit et de l’index gauche, empreintes numérisées. Pour avoir la clé de sa chambre il n’y a pas d’autres moyens que de le faire. C’est ce qu’on nous explique. Le bâtiment des résidents est équipée d’une borne biométrique. Je dis non, je ne veux pas le faire. Je suis contre ce principe, et que je ne comprends pas un tel dispositif dans ce lieu. Le premier gardien appelle son chef et lui raconte la situation, il travaille là depuis une semaine. Le chef en rangers me dit qu’il faut le faire, qu’il n’y a pas d’autres systèmes prévus. Ça dure. Il est très aimable. Il décide d’appeler le chef du bâtiment. L’homme arrive pour me rassurer : ces données sont systématiquement effacées dès que les résidents ont fini leur travail, que cela n’a rien à voir avec la police. Je n’en doutais pas. Je lui fais remarquer cependant que les deux autres fois où j’ai dû donner mes empreintes digitales c’étaient dans des commissariats. Et que le geste qu’on me demande de faire ici est le même. Devant moi flotte l’opéra Garnier et la villa Medicis. Un parfum rance de culture ennoblie, une odeur de France qui pue. De quoi nous soupçonne t’on pour appliquer de telles mesures ? Il dit : Nous avons essayé ce système à cause des vols et pour votre protection c’est celui qui convient le mieux, pas de clé, pas de badge, pas de code, c’est pour vous protéger, c’est très efficace et simple, vous verrez vous vous habituerez rapidement. Beaucoup d’artistes trouvent ça plutôt fun. Le sens de l’humour décidemment m’échappe. Comment faites-vous avec ceux qui refusent ? ça n’arrive pas ou presque, personne ne déroge à la règle. Il va chercher la chef de la culture qui s’occupe des résidents, elle arrive, jolie sans caricature, un instant je suis rassurée. En fait elle dit à peine bonjour, cerne immédiatement le problème je lui demande quelle solution alternative est proposée aux récalcitrants, elle me dit direct : vous allez prendre une chambre d’hôtel à l’extérieur à vos frais. Le lendemain, elle dira, c’était une boutade bien sûr. Elle ne veut pas entrer dans le débat sur la biométrie, répète qu’ici le système est inoffensif : la question est réglée. Elle me dit, vous avez la possibilité d’utiliser le doigt d’un de vos collègues, vous êtes libre. Je lui dis que non, qu’un système m’est imposé, que je réfute. Non, vous êtes libre. Je reste calme. Dégoûtée. Je vois le bordel se profiler, j’ai juste envie de reprendre le train, vite, vite. Je suis venue travailler au cœur de l’entreprise high-tech, l’avant-garde…La culture. Certains de l’équipe sont déjà enregistrés. On ne s’est pas vus, pas le temps de se concerter, chacun arrive à une heure différente. Je flanche. Je finis par foutre mes doigts dans l’enregistreur, l’homme appuie sur la touche « enrôler » pour valider la numérisation. Je n’utiliserai pas la borne d’entrée. D’ailleurs ce soir-là ça ne fonctionne pas, car un camion dans la cour empêche la diffusion des informations. Au matin, je vais vite me « désenrolée », ça va mieux. Mais je ne peux pas entrer dans le bâtiment sans quelqu’un. Discussion collective avec l’équipe. Pas d’accord. Pas de commune position. Ceux qui s’en foutent, ceux qui ne sont pas contents mais ne veulent pas crisper les liens, ceux qui ne savent pas, ceux qui veulent bien débattre et aller manifester le problème. Chacun se débrouille. On parle de faire un texte, mais le travail a ses raisons…
A chaque fois qu’un doigt se prête au jeu, l’écran affiche BIENVENU et le nom-prénom de la personne, c’est chouette la vie.
Je ne lâche pas, pousse la chef des résidents à trouver une solution et à réfléchir à la question. Je suis invitée après tout. On me dit aujourd’hui que ma décision fait “événement” et qu’ils doivent se concerter mais qu’ils ne voient pas de solution. Je rêve. La direction est en déplacement.
En un an et demi d’expérimentation de la borne biométrique, pas une seule personne n’a refusé d’utiliser ce système. Ou bien sans le dire. Alors qu’il suffit d’être dix dans ce type de lieu pour remettre en question l‘inacceptable.
A l’heure qu’il est, Je ne sais pas ce qui fait plus violence : l’indifférence et l’absence de nécessité d’agir ensemble ou la biométrie.
Il m’arrive d’escalader la colline, de grimper par-dessus un portail et d’entrer dans la zone interdite par une porte-fenêtre. Pour la suite je ne sais pas.
Vous manquez.
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Tony Almeida

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Localisation : CTU, L.A.
Date d'inscription : 11/01/2006

MessageSujet: Points à savoir   Ven 1 Juin à 2:02

Les appareils dont tu parles (Easytouch 800 / 801 de Easydentic) sont ceux utilisés par l'AFC pour le lycée Marcel Lamy et qui doivent être enlevés cette semaine après plus de 14 mois d'utilisation dans la plus grande illégalité.
Il faut une autorisation spéciale de la CNIL lorsqu'ils commandent l'accès à un établissement accueillant des mineurs (une école par exemple) ou lorsque l'empreinte est enregistrée dans une base de données centralisée (un ordinateur ou l'appareil lui-même).
Dans les autre cas, c'est-à-dire pour l'accès à un établissement où il n'y a que des adultes majeurs et à condition que les empreintes soient enregistrées sur un support individuel (carte, badge, etc.) conservé par la personne enrôlé, une simple déclaration en ligne à la CNIL suffit.
Dans tous les cas, le comité d'entreprise, quand il existe, doit être informé et consulté préalablement à l'installation.
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